vendredi 8 mars 2013

A l'attention de Madame Yamina Benguigui



A l'attention de Madame Yamina Benguigui
Ministre déléguée auprès du ministre des Affaires Etrangères,
Chargée de la Francophonie
37, quai d'Orsay
75007 Paris

Paris, le 23 février 2013.


Objet : Adoption / la reprise des apparentements au Mali


Madame la Ministre,

Nous avons l'honneur d'unir nos voix et de vous adresser conjointement cette lettre, espérant que vous serez sensible à notre demande. Nous sommes candidats à l'adoption d'un enfant du Mali. Notre dossier a été retenu par le pays en mai dernier. Et nous vous serions infiniment reconnaissants (et c'est loin de n'être qu'une formule de politesse) de bien vouloir  œuvrer afin que les procédures d’adoption des familles choisies par le Mali puissent reprendre et aboutir.

Nous avons été retenus par la dernière commission de sélection de la Direction Nationale de la Promotion de l’Enfant et de la Famille (DNPEF) de Bamako, en mai 2012, comme une centaine d'autres postulants français. Nous étions alors très très heureux ! Car nous étions assurés qu'un prochain apparentement avec un enfant allait avoir lieu. Or, en novembre dernier, nous apprenions par Madame la Ministre Alwata Ichata Sahi, Ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, via l'Agence Française de l'Adoption, l'arrêt brutal de toute adoption internationale et ce en dépit de l'engagement annoncé quelques mois plus tôt à la centaine de candidats retenus. En cause : le nouveau code de la famille limitant l'adoption aux seuls ressortissants maliens, un texte voté en janvier 2011, mais pas appliqué depuis.

La conséquence la plus dramatique de l'arrêt des adoptions internationales est la condition des orphelins du Mali. Depuis trois mois, dans les pouponnières du pays, le nombre d'enfants ne cesse de grossir. Les pupilles de l'état ne sont plus adoptés, auxquels s'ajoutent désormais des enfants confiés par leurs parents, réfugiés de guerre qui sont dans l'impossibilité d'en prendre soin. Dans la situation instable que vit actuellement le pays, d'un point de vue institutionnel, sécuritaire et humanitaire, il est peu probable que les orphelins trouvent un foyer au Mali. Les familles maliennes prêtes à les accueillir sont beaucoup moins nombreuses que des candidats étrangers (3% des adoptants). La situation des pouponnières est devenue très précaire. Elles parvenaient jusqu'à présent à tenir un budget à peu près décent, grâce en grande majorité, aux dons venant d'associations de parents adoptifs. Or, avec l'arrêt des adoptions internationales, cet apport financier va considérablement se réduire. C'est la survie même des orphelins qui est en jeu. Les informations que nous recevons de nos avocats maliens sont alarmantes. La nourriture même manque.
Le Mali, nation souveraine, est un pays auquel nous sommes très attachés pour y avoir construit un chemin vers notre futur enfant au fil des années. Mais la décision des Autorités maliennes nous a anéantis et laissés dans la plus grande des incompréhensions, la promesse d'un apparentement ayant été établie dans des conditions réglementaires légales en mai 2012 et avant la publication du nouveau code de la famille en juillet 2012 au Journal Officiel. Des avocats maliens ont  déposé  une requête auprès de la Cour Suprême de Bamako pour amender l'article 540, permettre la reprise des apparentements, et la mise en conformité de ce code de la famille à la Convention de La Haye régissant l'adoption internationale dans l'intérêt supérieur de l'enfant, traité international dont la France et le Mali sont signataires depuis de nombreuses années.

Nous souhaiterions du fond du cœur que les Autorités maliennes soutiennent l’engagement premier qu’elles avaient pris à notre égard en sélectionnant notre demande d'adoption. Notre désir le plus profond est d’offrir un avenir plein d'affection et d'attention à notre futur enfant et de le chérir. Et des enfants à Bamako ont besoin de vivre dans un foyer qui les attend.

Aujourd'hui, après l'engagement de la France aux côtés des troupes maliennes pour rétablir la souveraineté institutionnelle sur tout le territoire du Mali, nous nous adressons à vous, Madame la Ministre. Nous avons entendu avec émotion, lors de la récente journée de soutien au Mali à l'Unesco, votre attachement à ce grand pays. Aussi, nous vous serions infiniment reconnaissants si vous pouviez faire entendre nos voix auprès de Monsieur le Président Diacounda Traore, Monsieur le Ministre de Affaires Etrangère Tieman Hubert Coulibaly  et Madame la Ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, afin qu'une solution à cette situation où nos vies intimes sont meurtries, puisse être trouvée. C'est probablement une paille dans les enjeux géopolitiques actuels qui sont en œuvre au Mali. Mais pour nous, c'est l'essentiel, tout simplement l'essentiel.

Nous serions honorés si vous acceptiez de nous recevoir pour vous donner toute information dont vous auriez besoin.

Ayant toute confiance en votre bienveillance, nous vous prions d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de toute notre gratitude et de notre très haute considération.


Des parents Français,
sélectionnés aux commissions Maliennes 2009, 2010, 2012.

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